Wednesday, November 18, 2009

Fellini, la grande parade

Une exposition au Jeu de Paume: Fellini, la grande parade, regorge d'images qui ont inspiré le réalisateur. En parallèle, évidemment, l'œuvre de Frederico Fellini répond à ces images, par des photos de tournage, des extraits de ses films, des interviews,... L'exposition s'organise sur deux étages, et on a besoin de deux grandes heures pour la parcourir en entier, s'arrêter devant chaque chose. Des projections viennent compléter cette galerie, ponctuant la lente progression du visiteur des éclats de rire d'Anita Ekberg.




Cette image est extraite du Livre des rêves tenu par Fellini. Il y notait, consciencieusement, les pensées étranges qui surgissaient de son sommeil, et les illustrait. On y retrouve beaucoup de femmes au seins proéminents, de couleurs primaires, et lui, de dos, le plus souvent, qui se dessinait comme s'il avait perpétuellement vingt ans.



Fellini, la grande parade
jusqu'au 17 janvier 2010

Sunday, November 15, 2009

Le ruban blanc, de Michael Haneke

Le Ruban blanc est à la fois un signe de pénitence et de pureté; deux enfants le portent, noué autour du bras ou dans les cheveux, punition imposée par leur père et qu'il garderont une bonne partie du film. Durant une année, le quotidien d'un village du nord de l'Allemagne est ponctué d'étranges phénomènes, une chute, qui aurait pu être mortelle, du médecin, la mort accidentelle d'une femme au travail, le fils arriéré de l'assistante du médecin battu, tout comme le petit garçon de la famille bourgeoise du patelin... Dans ce climat étrange, sans coupable, l'instituteur observe les évènements, ainsi que les enfants qui l'entourent chaque jour, et qui, malgré leur innocence apparente, sont toujours au plus près des drames.



Palme d'or au Festival de Cannes 2009, Le Ruban blanc vit sa récompense un peu controversé. Les choix extrêmes du réalisateur ne sont pas étrangers à la polémique. Il a tourné en noir et blanc cette histoire qui se déroule juste avant la Première Guerre Mondiale. L'austérité du sujet, de son cadre campagnard, est compensée par une caméra mobile et cependant discrète, effacée derrière ses personnages. La voix off du narrateur, qui est l'instituteur du village, participe à une narration chronologique et elliptique des évènements, liant deux drames entre eux tandis que le scénario efface les semaines de calme. Le film peut ainsi paraître difficile d'accès; il n'en est rien, car les personnages réussissent à toucher les spectateurs.


Il y a les enfants, évidemment, au visage pur et doux, à l'innocence renforcée par des costumes sages, des nœuds dans les cheveux, des taches de rousseurs et des oreilles décollées. Le malaise qu'ils font naître ne grandit que plus vite. Fonctionnant en groupe, emmenés par un leader, ils font régner leur justice en étant convaincus de leur bon droit. Leur cruauté ne serait rien sans les adultes, dont l'éducation rigoureuse les élèvent vers la barbarie. Les histoires intimes de ces grandes personnes, qui prêchent la vertu tout en trompant leurs femmes, et en battant ou humiliant leurs enfants pour les aider à grandir dans la droiture, sont également ironiquement contradictoires.


A la fois sobre et simple dans sa mise en scène, Le Ruban blanc expose avec maîtrise la lente dérive vers un absolutisme né de la répression.


Le Ruban blanc
de Michael Haneke
avec Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesch,...
sortie française: 21 octobre 2009

Tuesday, November 10, 2009

Les herbes folles, d'Alain Resnais

Un portefeuille trouvé par terre, et voilà Georges qui s'imagine la vie et le caractère d'une inconnue. Hanté par elle, sans la connaître, il tente de l'appeler et finit, paranoïaque, par déposer l'objet au poste de police. Marguerite, bien évidemment, appellera la bonne âme qui lui a permis de retrouver tous ses papiers. Et c'est le début d'un chassé-croisé incessant; lui désire la rencontrer, elle n'en voit pas l'intérêt; il s'obstine, elle s'en veut de ne pas lui répondre, mais a tout de même peur de ce harcèlement. Ils finissent par se voir, et c'est elle qui vient vers lui alors, qui tient à le découvrir vraiment. Une histoire d'amour, ou d'attirance un peu tordue, jamais réciproque au même moment, les lie.



Le scénario est tiré d'un livre de Christian Gailly, et Edouard Baer tient le rôle du narrateur, suivant l'histoire d'un oeil omniprésent; mais ses interventions, brillament interprétées, ne sont jamais pesantes, et sa voix off est un perpétuel délice. La voix off est par ailleurs utlisée tout au long du film, par les personnages eux-mêmes. Rares sont les fois où on les voit en direct se répondre l'un à l'autre. Leurs pensées sont exprimées, apparaissant par un procédé désuet dans une bulle à côté d'eux, et expliquées à voix haute, comme s'ils réfléchissaient tout haut. Le téléphone, premier moyen de contact entre nos deux héros, offre aussi la possibilité d'entendre une voix sans que l'on expose celui qui s'exprime, en mettant l'accent sur le destinataire des paroles et ses réactions. Dans une scène réunissant la famille de Georges, ce procédé est également utilisé; la caméra balaye la table, et le temps qui s'écoule est ponctué de phrases banales, offrant un panorama significatif des liens qui unissent les personnages.


Le couple maintes fois porté à l'écran par Alain Resnais montre ainsi son étrangeté. Chacun des personnages possède cette vie, simple, bien rangée, pleine d'habitudes, qu'un évènement banal, mais inattendu, vient bouleverser dans des proportions surdimensionnées. Apparaissent alors leurs failles, immenses, cachées auparavant derrière une apparence bien sage. Qu'est-ce qui hante ainsi l'esprit de Georges, pour qu'il se change d'un bon père de famille en un psychopathe extravagant? Que peut imaginer Marguerite pour répondre aux appels de cet homme qui lui fait peur, et la fascine également?


La galerie de personnages qui les entoure possède comme eux ce mélange d'ordinaire et de douce folie. Les dialogues se répondent sans s'entendre, s'enchaînent et sont entrecoupés de silences, dans lesquels les regards remplacent les mots. Le titre original du livre, L'incident, ne plaisait pas à Alain Resnais. Il décide de faire de chaque personnalité une herbe folle, comme celles qui interviennent par moment en gros plan dans le film, ces plantes innocentes et qui pourtant, s'obstinent à sortir du bitume et à grandir où elle ne sont pourtant pas autorisées à pousser.



C'est un carcan dont se dégagent les personnages, tout en poésie, que montre Alain Resnais, une graine de folie à laquelle il donne la permission de s'épanouir.


Les herbes folles
d'Alain Resnais
avec Sabine Azéma, André Dussolier, Emmanuelle Devos,...
sortie française: 04 novembre 2009


ps: et l'affiche du film, n'est-elle pas juste merveilleuse?

Sunday, November 8, 2009

Carnet de voyage - Mali


En octobre 2009, j'ai passé dix jours au Mali, profitant d'avoir un point d'attache à Bamako, où un ami travaille. J'ai bourlingué pendant une bonne semaine, avant de passer du temps dans la capitale, et de voir un peu plus Nicolas! Les premières vacances de ma vie de grande; depuis que je travaille, je n'ai pas réellement pris plus que quelques jours pour partir en escapade, en France et dans des lieux déjà connus. Auparavant, les voyages à l'étranger, c'était avec les parents, dans des hôtels plutôt sympa. Autant dire que deux toutes petites semaines, seule ou presque, avec un sac à dos et deux t-shirts dedans, dans un univers qui diffère en tout de ma vie parisienne, c'était une première mémorable. Cliquez ici pour voir les photos et lire mon carnet de voyage.


Saturday, November 7, 2009

La rentrée des séries #5

V était la dernière série, remake d'une production devenue classique parmi les classique, dont j'attendais la sortie avec une certaine impatience. N'ayant pas vu le premier jet datant de 1984 - ce sera corrigé bientôt -, je ne pourrai évidemment pas faire la comparaison avec cette nouvelle production. L'épisode pilote de cette dernière montre des vaisseaux extra-terrestres prenant place au-dessus des principales capitales mondiales terriennes. La population, évidemment, s'affole, mais un visage féminin d'une grande beauté, se présentant comme le grand chef extra-terrestre, rassure la Terre avec un discours pacifiste, exprimant la nécessité d'un simple ravitaillement en carburant et le bonheur de rencontrer les humains. Evidemment, il y a anguille sous roche, et ces Visiteurs de l'espace ne sont pas vraiment ce qu'ils semblent être.




La série se déroule à New York, et suit plusieurs personnages, représentant les différentes réactions à l'égard de cette intrusion. Erica Evans, membre du FBI, doute de la pureté des intentions des visiteurs; elle trouve un écho à ses pensées en la personne du Père Jack Lowery. Le fils d'Erica, lui, se montre fasciné par la beauté et la technologie que proposent de mettre à disposition les V. Un journaliste ambitieux, qui a tapé dans l'œil d'Anna, la chef V, tente d'en profiter pour booster sa carrière. Ryan, un homme d'affaire amoureux fou, se voit obligé de prendre ses distances avec celle qu'il veut demander en mariage, pour ne pas révéler sa véritable identité.


Le schéma est donc classique, les personnages se croisent et leurs points de vues divergents offrent une perspective assez large des Visiteurs. Le rythme des révélations et des découvertes est une machine bien huilée, le découpage habituel et dynamique, sautant d'un personnage à l'autre à une cadence régulière. Côté scénario, rien de nouveau dans la science-fiction. Les extra-terrestres débarquent avec une merveilleuse technologie, des pommes qui volent et des traitements pour vivre presque éternellement. Rien de plus geek que cela, pas d'explication quant au point de départ des Visiteurs, ni leurs noms ni leurs coutumes, calquées sur les mœurs terriennes. Bien entendu, les beaux Visiteurs sont quand même des extra-terrestres, identifiables par leur couleur verte sous leur déguisement humain.


La première série de 1984 a connu un large succès par sa représentation d'un régime fasciste et d'une guerre de résistance qui se mit en place pour le contrer. Les références sont moins évidentes dans ce premier épisode de la nouvelle série. L'univers des V, avec leur technologie avancée, est représentée de manière assez banale. Flash Forward, dans le genre SF et construction qui entrecroise les personnages et leurs vécus différents vis-à-vis de la même situation, se présente comparativement comme une bien meilleure série pour le moment.


V
avec Elizabeth Mitchell, Scott Wolf, Morris Chestnut,...
saison 1 depuis le 03 novembre 2009 sur ABC